Le gâchis dans la mode

primark_etiquetteUn appel à l’aide qui aurait été retrouvé sur l’étiquette d’un vêtement Primark, l’été dernier.

Le titre de cet article peut sembler un peu osé pour un blog mode mais n’oubliez pas que Vertiges Mode ce n’est pas que des paillettes et des robes à fleur : on peut aimer la mode, mais on se doit aussi d’être un peu critique envers ce secteur et en creusant légèrement on se rend vite compte qu’il souffre d’un réel gâchis, qu’il soit d’ordre humain ou économique.

Gâchis humain
Vous n’êtes pas sans savoir que depuis les années 70 une grande partie de nos entreprises de prêt-à-porter a délocalisé ses usines dans des pays ateliers pour bien évidemment profiter du coût très faible de la main d’œuvre. Nous pouvons prendre l’exemple de la Chine pour le textile et l’Inde pour les tanneries. Nous avons aussi tous entendu parler, l’été dernier, des mystérieux appels à l’aide qui auraient été retrouvés dans des vêtements de la marque Primark, accompagnés de cette lettre rédigée en chinois : « Nous sommes des prisonniers de la prison Xiang Nan de la province de Hubei en Chine. Notre travail (…) est de produire des vêtements pour l’exportation. Nous travaillons quinze heures par jour et la nourriture que nous mangeons ne serait même pas donnée à des chiens ou à des cochons. Nous travaillons aussi dur que des bœufs dans les champs. Nous en appelons à la communauté internationale pour condamner le gouvernement chinois pour violation des droits de l’homme ! ». Certes, les salaires sont bas dans le secteur du textile, les employés n’ont que très peu de protection sociale, mais rappelons tout de même qu’il s’agit d’une étape malheureuse d’un point de vue humain mais nécessaire pour le développement économique d’un pays et que la France a vécu exactement la même étape au XIXème siècle. Les salaires augmentent en Chine, des protections sociales commencent timidement à faire leur apparition de telle sorte que les entreprises chinoises se mettent à leur tour à délocaliser chez leurs pays voisins, par exemple au Bengladesh.

Le plus gros problème se trouve dans l’industrie du cuir, notamment en Inde. Les conditions de vie des employés dans les tanneries indiennes sont vraiment déplorables, ils souffrent d’une absence totale de protection. Plus de 40% des employés souffrent d’eczéma à cause des produits extrêmement toxiques dans lesquels ils doivent travailler. Certaines entreprises ne fournissent même pas de bottes et de gants et ces protections vraiment minimales sont à la charge du salarié qui gagne à peine l’équivalent de 30 euros par mois. Certains meurent de ces conditions de travail abominables avant 40 ans, d’autres en perdent la vue. Nous vous invitons à regarder ce court reportage de six minutes pour mieux comprendre l‘ampleur de cet esclavagisme moderne.

primark_etiquette

Mais le pire dans tout ça c’est que ces personnes souffrent et meurent pour quoi ? Pour produire des chaussures bas de gamme vendues en Europe qui vont tenir une saison grand maximum et que vous jetterez par la suite, entre autre à cause de la mauvaise qualité du cuir et du piètre montage de la chaussure.

Gâchis économique
Voici ce qui nous amène au gâchis économique : le client européen est aussi perdant. Prenons l’exemple des chaussures en cuir pour homme. Une paire de chaussure bas de gamme avec un mauvais cuir coûte aux alentours de 70-90 euros alors qu’une paire de Loding, marque qui représente la porte d’entrée vers la chaussure de qualité au même titre que Finsburry ou Meermin, coûte 180 euros.

Selon vous, quelle paire vous coûte le plus cher ? Celles à 180 euros ? Et bien non, c’est la paire bas de gamme qui vous coûtera le plus cher. Une paire de qualité similaire à Loding, c’est à dire une chaussure avec un cuir correct (tannerie française) et un vrai montage (cousue Goodyear ou Blake) durera beaucoup plus longtemps. Vous aurez déjà rentabilisé votre paire de Loding en un an : avec de l’entretien et des embauchoirs elle vous durera deux, trois ans voire plus, tandis que l’achat d’une paire bas de gamme représente une perte sèche de 70-90 euros.

Boots de la marque André, 120 euros (soldées jusqu’à 55 euros, vous imaginez la marge que la marque se permet…), semelle en élastomère, cuir bas de gamme (ils n’ont même pas pris le temps de gommer les imperfections du cuir sur photoshop…), montage cheap. Autant dire que cette paire ne va pas vous tenir très longtemps.

Boots Meermin, 220 euros, semelle en cuir, montage Goodyear avec un cuir de veau haut de gamme provenant des tanneries du Puy basées en Auvergne (bon à savoir, LVMH utilise les cuirs de ces tanneries !)

Soyez tout de même conscient qu’un entretien régulier avec des produits spécialisés (et non des produits de cirages que vous trouvez au supermarché) et l’utilisation des embauchoirs est indispensable. Nous traiterons ultérieurement de l’entretien des souliers en cuir dans un nouvel article.

Qu’en est-il pour le textile ? Si on peut aisément conclure qu’acheter une paire de chaussure plus chère à l’achat mais de meilleure qualité est rentable sur le long terme, pour le textile cela paraît moins évident. D’accord, entre un t-shirt H&M en coton à 10 euros et un t-shirt de qualité moyen de gamme à 40 euros, l’utilité n’est pas flagrante. Mais il existe une matière dont la qualité joue un rôle considérable sur la longévité du produit : la laine. En effet s’il y a une pièce dans laquelle vous pouvez vous permettre d’investir c’est bien dans le manteau en laine. Pourquoi ? Vous le mettez tous les jours 5 à 6 mois par an et il est évident qu’un manteau en laine de qualité vous durera beaucoup plus longtemps. Le premier critère à regarder est le pourcentage de laine. En réalité peu de manteaux « en laine » sont composés à 100% de laine : le mouton coûte très cher et pour réduire les frais, la plupart des marques mettent le moins de laine possible. Pour vous donner un ordre d’idée, vous commencerez à avoir un vrai manteau en laine à partir de 80%. Le deuxième critère à regarder est la coupe : vous aurez beau avoir un manteau en 100% vigogne, si la coupe est mal faite c’est de l’argent perdu… ! Le troisième critère consiste en les détails apportés par la marque : une doublure originale, des boutons en corne véritable ou en cuir…

Sans titre-0 Manteau à 160 euros en « laine » Jules, avec 52% de Cotton, 31% de polyester et… 17% de laine. Le mannequin aurait-il été aussi souriant s’il avait fait le shooting à l’extérieur avec des rafales de vent et une température de -5° ? On ne peut pas vraiment évaluer la coupe mais il y a fort à parier qu’elle ne soit pas extraordinaire.

Sans titre-1 Prenons maintenant l’exemple de ce manteau Balibaris, modèle Kirkwall (que nous avons d’ailleurs conseillé dans notre précédent article concernant les indispensables du vestiaire masculin), 400 euros (et qui fut soldé à 240 euros). « Euh, 400 euros, vous avez craqué à VM ? ». Non, parce que c’est un manteau 100% drap de laine feutré français (fournisseur de l’armée). En d’autres termes vous êtes sur de la laine hyper dense, pratique quand il y a des rafales de vent : il est impossible que vous ayez froid. Mais elle est aussi tellement dense qu’elle en devient déperlante et les gouttes de pluies glissent sur le tissu. Le col amovible, en laine de mouton, ajoute un côté original au caban trop classique et pas assez recherché que vous trouvez la plupart du temps. Il y a un double boutonnage, c’est à dire que dans la doublure de la veste des seconds boutons sont cousus en parallèle pour éviter que les boutons principaux ne se détachent. Enfin il possède de jolis détails en cuir (boutons et détails près des poches). En gros c’est une pièce chaude, originale et surtout solide donc qui dure : autant vous dire que c’est un bon investissement.

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6 réflexions sur “Le gâchis dans la mode

  1. Je trouve cet article sain car on gaspille et on gache beaucoup !!!!! que ce soit en alimentation et aussi en vetements!! c’est pour cela que j aime beaucoup les blog qui « retravaillent » des vetement usagés !!!

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  2. Si je trouve l’idée de départ vraiment chouette, au final l’article aborde peu de solutions. Acheter cher ne veut pas forcément dire acheter éthique, et peu de personnes auront les moyens de se tourner vers le type d’article décrit dans ce billet.
    Il existe des marques réellement éthiques pas nécessairement à la portée de toutes les bourses (je pense à Ekyog par exemple), mais le recours au vintage est une autre solution, et regarder les étiquettes pour acheter du made in Europe est déjà un premier pas faisable par tous. 🙂
    Le documentaire sweatshop deadly fashion gagnerait à être partagé.

    Sinon, je déplore l’appel à l’achat systématiques d’articles en cuir ou en laine. On peut avoir des habits et accessoires de qualité sans qu’ils soient forcément issus de la cruauté, la technologie actuelle le permettant. L’article parle d’ouvriers indiens qui se ruinent la santé à tanner du cuir indien, du cuir de mauvaise qualité.

    Ce cuir vient de vaches indiennes, rachetées à des fermiers pauvres avec la promesse qu’elles continueront leur vie dans une ferme. En réalité, elles traversent la moitié de l’Inde en camion, sans eau, sont forcées à marcher sous la canicule, et en arrivant dans une zone en Inde où il est légal de tuer les vaches sacrées, elles seront déjà la moitié à être mortes durant le voyage. Les autres vaches seront égorgées sous les yeux de leurs congénères, et leur cuir servira à faire des chaussures et des sacs à mains pour l’Occident, qui n’a pas assez de cuir venant de l’industrie de la viande.

    Et pour la laine, voici une vidéo sur les dessous de l’industrie : https://www.youtube.com/watch?v=5C7afKQL61U.

    Je passe vraiment pour la relou de service pour le coup, mais je voulais partager tout ça, parce qu’il y a peu je l’ignorais moi-même (j’ai regardé le documentaire Earthlings – Terriens en Français – récemment). Et je pense que vous pourriez avoir un impact si vous en parliez, parce que tout le monde sait que la fourrure c’est cruel, mais au final on ignore tout du cuir de de la laine. 🙂

    Voilàààà pour le pavé. Je trouve que vous faites une chouette com’ en tout cas, keep goin’!

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    1. Salut Sarah ! Je suis désolée de ne pas avoir pu te répondre plus tôt, on a tous un peu été débordés à VM entre les TD de compta, une synthèse à rendre en éco, les notes des partiels qui viennent de sortir… La course !

      Il est vrai que nous avons omis le facteur environnemental et animal en rédigeant notre article et tu as bien raison en nous conseillant de rédiger un article dessus, ce que nous ferons prochainement.

      Gautier a un peu résumé notre point de vue : un de nos objectifs principaux est de proposer des articles au meilleur rapport qualité/prix. En l’occurrence la grande majorité des ces articles sont réalisés dans des ateliers ou des usines responsables, respectant la main d’oeuvre et l’origine des matières premières (réduisant ainsi les dégâts sur l’environnement et les horreurs pratiquées sur les animaux, comme on peut malheureusement le voir sur la vidéo choquante de PETA que tu as jointe à ton commentaire…).

      Il est aussi vrai que ce sont généralement des articles chers difficilement accessibles à toutes les bourses (sauf peut-être en réduisant ses dépenses pour commencer moins mais mieux) et j’ai un peu réfléchi autour des solutions à proposer aux personnes ayant de toutes petites économies. Je n’en ai pas trouvé : avoir un tout petit budget signifie souvent devoir se tourner vers des marques de fast fashion à l’image d’H&M, Primark, etc. Ces marques là proposent en majorité des produits à la composition synthétique ; bon point quant à la protection animale mais mauvais point pour l’exploitation d’une main d’oeuvre travaillant dans des conditions vraiment déplorables et très peu rémunérée. Les quelques produits en matières « nobles » comme le cuir et la laine qu’ils proposent doivent être issus de conditions terribles envers les animaux pour réduire les coûts au maximum. Enfin, le rapport qualité/prix n’est jamais terrible étant donné que ces sociétés se gavent d’une marge tout à fait énorme et arnaquent ainsi le consommateur. Au final, les petites bourses sont coincées… Acheter local, éthique, avec un bon rapport qualité/prix à petit prix me semble pour le moment impensable. C’est dommage !

      Merci en tout cas de tes compliments et surtout n’hésite pas à commenter à nouveau nos articles si tu as une remarque, une suggestion ou des conseils, cela nous fait très plaisir !

      A bientôt, Sixtine

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  3. Gautier

    Salut ! Je ne suis pas trop d’accord avec toi sur certains points.
    En l’occurrence le cas des chaussures est éloquent : si quelqu’un est capable d’acheter une paire de chaussure bas de gamme André à 90euros accessible à une majorité de bourses (cuir de mauvaise qualité induisant des dommages d’ordre humain et écologique et qu’il jettera à la fin de l’année) tous les ans il est capable d’acheter une paire de Loding qu’il achètera une fois tous les 2 ans et qui lui dureront bien plus longtemps.
    Il est toutefois vrai que pour le cas du manteau c’est plus subtil étant donné que l’investissement se répercute sur plusieurs années et qu’il s’agit d’une somme importante.

    Certes, acheter cher ne veut forcément pas dire acheter éthique mais cela minimise tout de même grandement les risques. D’autant plus que je pense que l’auteur a surtout focalisé dans cet article son attention sur le rapport qualité-prix.
    En achetant un article chez H&M ou sur Asos (j’ai vu en jetant un coup d’œil à ton blog que tu étais une acheteuse régulière) on peut être presque sûr de ne pas acheter « éthique ».
    Cependant, en se fournissant chez des marques qui fabriquent au Portugal – par exemple – pour le textile (comme une majorité des nouvelles marques se focalisant sur le rapport qualité-prix, dont Balibaris, Commune de Paris ou La comédie humaine) on peut être presque sûr que les ouvriers ne sont pas exploités et que les articles sont confectionnés de façon responsable.
    Le raisonnement est similaire pour le cuir, des marques comme Loding, Finsburry ou Markowski font fabriquer leurs chaussures en Espagne ou Portugual avec une majorité de cuir de veau français sortant des tanneries françaises, où les règlementations en vigueur sont très strictes quant au respect de l’ouvrier, de l’animal et de l’environnement, ce qui induit forcément un prix bien plus élevé que ce qu’on trouvera made in India.

    Je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder les reportages que tu nous conseilles mais je suis tout à fait d’accord qu’il y a de l’abus dans l’industrie de la laine, comme dans toute industrie. Mais je ne pense pas qu’il faille se laisser tenter par un raisonnement manichéen en condamnant tout un secteur pour certains excès. En réfléchissant comme ça tu ne t’habilles plus.
    Certaines entreprises, plus ou moins grandes, se battent pour faire changer les choses et proposer des produits responsables, respectant la main d’œuvre, faisant attention à la provenance des matières premières et offrant des produits au client pour un prix juste. On peut citer Veja qui propose des baskets et des chaussures en cuir à 90euros, fabriquées au Brésil, en utilisant du cuir tanné naturellement, en distribuant un salaire supérieur à la moyenne au Brésil et en utilisant du Coton issu du commerce équitable dans le Nordeste.
    Si les marques utilisent de la laine et du cuir c’est parce que ce sont des matières incroyables qui durent et qui s’embellissent dans le temps. Il n’y a qu’à regarder le travail des italiens sur la laine ou les cuirs qui sortent de nos tanneries pour s’en rendre compte.

    NB : « made in Europe » ne veut pas forcément dire que les conditions de travail de la main d’œuvre sont meilleures ni que la matière première est d’origine responsable. Toutes les marques fast fashion à l’image de Primark se ruent vers la Moldavie, pays européen, où les conditions de travail et les salaires des ouvriers sont étrangement très inférieurs par rapport à la Chine… Tout se joue donc sur le transparence et l’honnêteté, choses que ces nouvelles marques défendent ardemment.

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    1. Salut Gautier,
      J’avais juste réagi en me disant que le postulat de départ était que la mode n’était pas forcément éthique, et que l’article parlait d’acheter de meilleure qualité, sans pour autant parler d’éthique. Ca ne transparait pas trop dans ma réponse de base écrite à chaud. Effectivement ton point de vue se tient, acheter moins mais mieux peut être une solution plus durable, et si les marques évoquées sont humainement éthiques, tant mieux (et quand on calcule le cost per wear d’articles plus onéreux on est souvent surpris par leur coût réel, je suis d’accord).

      Quant au blog, la plupart des articles datent d’il y a un an ou deux et ma sensibilisation à une mode plus éthique est plus récente. J’ai commis des erreurs de jugement dans mes achats mais je travaille dessus. 🙂

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